S-I-OUVEILLAN

...Et de Contes & Légendes

LA LEGENDE DE FONTCALVY

 

Ce soir, au milieu de toutes ces maisons imprégnées de souvenirs, je vais vous raconter une histoire, comme le faisait, quand j’étais tout petit, les grand-pères qui étaient la mémoire des villages .

Pour bien comprendre la chose, il me faut vous dire, que pas trop loin de notre village , à une demi-heure de marche, il y a une vieille bâtisse fortifiée, que l’on ne remarquait pas trop autrefois, car elle était cachée par un grand bois .

Dans cette vieille bâtisse qui est peut-être une église ou une grange au dire des anciens, il y avait une communauté de moines. Ces moines étaient isolés de tout, mais  ils avaient tout ce qu’il fallait pour vivre : des cochons, des poules, des lapins, des moutons, des fruits, des légumes, du vin - enfin toute la mangeaille nécessaire …

Pourtant il leur manquait quelque chose : l’eau, qu’ils étaient obligés d’aller chercher un peu plus loin dans un petit ruisseau qui coulait non loin de la bâtisse .

Pour qu’il ne manque rien à mon conte, il me faut ajouter que ces moines tout confits en dévotion, ne s’occupaient que de dire et chanter messes, matines et vêpres, et qu’ils avaient ( il ne faut pas avoir mauvais esprit ) pour cuisinière une habitante de notre village .

Une nuit, il faisait tellement froid, que tous les escargots de la région moururent gelés et que les poissons de l’étang se transformèrent en sucette glacée .

 

Et c’est là que commence notre histoire .

 

 

Catherine la cuisinière :

-         Je n’ai plus d’eau dans la cruche, pour mettre la marmite au feu, demain matin . Si les moines n’ont rien à déjeuner, le maître est capable de me mettre dehors . Il faut que j’aille chercher de l’eau au ruisseau .

 

 

La nuit était obscure, pas une étoile dans le ciel, un froid qui glace les os …A chaque pas, la pauvre femme trébuchait sous le poids de ces nombreuses cruches et tout en se désolant, elle répétait :

 

Catherine :

-         Grand Dieu, je n’y arriverai jamais à ce ruisseau de malheur, si quelqu’un pouvait venir à mon secours, il me rendrait un grand service et je le lui revaudrais de bon cœur …

 

Elle n’avait pas plutôt prononcé ces paroles que surgit, de derrière un chêne, un homme avec un accoutrement particulier .

 

L’homme serviable :

-         Ne pleure plus , Catherine, je t’ai entendue, je te plains beaucoup, je viens à ton secours .

 

Catherine :

-         Qui es-tu brave homme pour venir à mon secours, quand je suis dans l’embarras ?

 

L’homme serviable : 

-         Que t’importe ce que je suis pourvu que je te fasse obtenir ce que tu demandes !

 

Catherine :

-         Il est impossible, brave homme, que tu puisses me contenter.

 

L’homme serviable :

-         Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour toi et ça se réalisera .

 

Catherine :

-         Je n’ose pas vous le dire, car je ne pense pas que vous puissiez le faire .

 

 

L’homme serviable :

-         Dis toujours et nous verrons après .

 

Catherine :

-         Eh bien voilà , ce que je voudrais, c’est avoir, dans l’évier de ma cuisine, de l’eau. Je sais que j’en demande trop, vous ne pourrez pas faire ça . Ah, si c’était possible, comme je vous en serais reconnaissante !

 

L’homme serviable :

-         Ne parlons pas de reconnaissance, ce que je veux, ça ne te coûtera pas beaucoup, c’est pas de la monnaie, ça va te sembler drôle mais voilà … c’est ton âme .

 

Catherine :

-         Vous voulez rire, brave homme, je ne suis pas encore morte !

 

L’homme serviable :

-         Eh … je ne veux pas te tuer, j’attendrai !

 

Catherine :

-         Oh et puis si ce n’est que ça, je vous la donnerai, mon âme,  quand j’aurai l’eau .

 

L’homme serviable :

-         Eh bien, entendu, Catherine, nous ferons comme tu le veux  .

 

 

Et sur ce, il commença par prendre les deux cruches qu’elle portait sous les bras, les remplit d’eau, les vidât à la cuisine, les lui rapporta, tout ceci en un instant, le temps de dire : aïe .

Avant de disparaître il ajouta :

 

L’homme serviable :

-         Ne te fais plus de soucis, Catherine, à partir de demain matin, avant que le coq ne chante, tu auras l’eau à la cuisine . Bonne nuit …

 

 

Notre Catherine, ses cruches pleines sous le bras, s’en revint, cahin-caha, vers le couvent et après avoir lavé la vaisselle, rempli la marmite pour le lendemain, fait sa prière de la journée, elle se coucha réconfortée .

Alors qu’elle était couchée depuis quelques heures à peine, elle fut réveillée par un bruit qu’elle n’avait jamais entendu . Elle ouvrit la lucarne de sa chambre et entendit au loin des gens qui travaillaient ….

Les hommes travaillent : passe-moi les pierres , passe-moi la chaux , donne moi la pelle , amène les bœufs …

Et le bruit devenait de plus en plus fort ….

La pauvre Catherine ne savait plus à quel saint se vouer et se disait :

 

Catherine :

-         Tous ces travaux, c’est peut-être ce brave homme qui a promis de m’apporter l’eau à l’évier de ma cuisine .Advienne que pourra, je ne peux pas rester dans le doute, tant pis, il faut que j’aille tout raconter au maître . Il me mettra dehors, mais il faut que je lui dise tout .

 

 

Quand elle eut bien parlé, les yeux plein de larmes, le maître des moines prend un air furieux et lui dit :

 

Le Granger, maître des moines :

-         A quelle heure l’eau sera-t-elle au couvent d’après cet homme ? Parle sans crainte mais si tu te trompes, Catherine tu pourrais le payer cher .

 

Catherine :

-         Maître, ce sera avant le chant du coq .

 

Le Granger,  maître des moines :

-         C’est bien certain ce que tu dis là ?

 

Catherine :

-         Aussi certain qu’il me faut mourir un jour, maître .

Le Granger,  maître des moines :

-         Ça va, tu peux aller à tes travaux, moi je réponds de tout, je sais qui est notre homme, ne crains rien .Laissons travailler cet homme qui prétend faire du bien à la grange, ensuite quand le moment sera venu je ferai ce qu’il faut .

 

Quand l’aube eut l’air de vouloir poindre, muni d’une marmite d’eau, de quelques plumes d’oie et d’une torche, le maître des moines va à la basse cour .

Le chef des moines savait que le coq commence à chanter à la pointe de l’aube dès l’apparition du jour et de la rosée .

 

Notre moine arrose donc le coq, l’éclaire, juste quelques minutes avant le jour. Le coq croyant être en retard pour saluer le jour, fait résonner quelques cocoricos à rendre l’ouïe à tous les sourds du pays . Surpris par ce chant tous les travailleurs arrêtèrent la tâche comme s’ils avaient reçus un coup de goupillon. Ils disparaissent en un instant .

 

L’eau n’arrivât pas à la grange et l’âme de Catherine fût sauvée .

 

Le Granger, maître des moines :

- Dorénavant cette source s’appellera CANARDIÉ ou source du diable et la grange FONCALVI  ( moi qui connaît le  latin, cela signifie : privé d’eau !).

 

 

 

 

Et c’est là que finit notre histoire .

 



11/08/2011
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